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27 octobre 2008  - Publicité pour l'alcool sur Internet / La fausse route du ministre de la santé


Dans un entretien publié ce jour dans le Figaro, Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, déclare qu’elle ne s’opposera pas « à un amendement parlementaire qui actualise la loi Evin en autorisant la publicité sur Internet » et qu’elle ne retiendra pas la proposition formulée par les associations de santé au motif que son application semble difficile et qu’elle « comporte même des risques d’effets pervers ».

 

C’est avec incompréhension et inquiétude que les associations ont pris connaissance de ces déclarations d’autant qu’elles avaient faire preuve d’approche concrète et réaliste en faisant savoir publiquement leur accord pour autoriser la publicité sur les sites des producteurs et des distributeurs afin de répondre aux intérêts économiques de ces derniers.

 

Incompréhension, à l’égard des enjeux de la santé publique. Car malgré les garde-fous annoncés, ce qui témoigne que la ministre est consciente des risques, la solution qu’elle est prête à accepter est en réalité une autorisation de faire de la publicité sur tous les sites. Une telle option met à mal la cohérence et la lisibilité de la politique de santé publique qu’elle défend dans son projet de loi « Hôpital, patients, santé et territoires ». Peut-on limiter la disponibilité de l’alcool par des mesures restrictives, notamment concernant les mineurs et la vente d’alcool dans les stations-service, et accepter dans le même temps la libéralisation totale de la publicité pour les boissons alcooliques sur Internet ?

Incompréhension, à l’égard des enjeux économiques de la viticulture. Car ouvrir tous les sites à la publicité, ce n'est pas donner aux viticulteurs français des armes égales aux producteurs étrangers, c'est livrer le marché français aux armes de publicité massives des grands groupes industriels ou des multinationales pour leurs bières et leurs spiritueux avec les moyens budgétaires inépuisables dont ils disposent.

C’est précisément cette perspective qui nourrit les inquiétudes des associations de santé. L’incitation à la consommation de boissons alcooliques va inonder la Toile et toucher pas seulement les adultes mais également les jeunes dont chacun sait qu’ils ne se limitent pas à surfer sur des sites qui leur seraient réservés.

Quant à l’anticipation d’effet pervers d'une autorisation encadrée, il faut que chacun soit conscient que, quelle que soit la législation, les acteurs de la filière de la production et de la distribution des boissons alcooliques n’hésiteront pas à ouvrir des sites à l’étranger s’ils considèrent que c’est leur intérêt.

Pour les associations, l’option prise par le ministre de la santé est une fausse route dangereuse pour la santé publique.

Les signataires :

  • Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (A.N.P.A.A.), président : Dr Alain Rigaud.
  • Fédération des acteurs de l’alcoologie et addictologie (F3A), président : Dr Patrick Fouilland.
  • Avenir santé, directeur : M. Bouthier.
  • Fédération Française de l’Addictologie (FFA), président : Pr Michel Reynaud.
  • Société Française de Santé publique (SFSP), président : Dr François Bourdillon.
  • Ligue contre le cancer (LCC), président : Pr Francis Parra.
  • Association nationale des intervenants en toxicomanies et addictologie (ANITeA), président : M. Jean-Pierre Couteron.
  • Union nationale des associations familiales, administratrice en charge du secteur de protection sociale santé : Mme Christiane Basset


Contacts :
Dr Alain Rigaud (01 42 33 51 04 ou 06 08 22 25 29) président de l’A.N.P.A.A.
Pr. Michel Reynaud, (06 08 64 65 68), président de la F.F.A.
M. Patrick Elineau (01 42 33 51 04) Directeur général de l’A.N.P.A.A.
Faye Wright (01 42 33 51 04) Chargée de communication de l’A.N.P.A.A.