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Dr Maud Pousset, directrice de l'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies
- En quelques mots, pourriez-vous retracer votre parcours professionnel ?

Avant mon arrivée à la direction de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) en juin dernier, j’ai passé 18 mois au sein du pôle recherche d’un groupe pharmaceutique, comme responsable de projets en épidémiologie. Auparavant dans le cadre de mon Internat de médecine, après mes études à Polytechnique,  j’ai travaillé quatre ans dans différentes structures de santé publique : à l’Assistance Publique -Hopitaux de Paris, mais aussi dans une agence sanitaire et à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Ces expériences multiples m’ont permis d’approcher des aspects très complémentaires de cette discipline.

 

 

Concernant l’enquête sur les Niveaux et pratiques des jeux de hasard et d'argent en France en 2010

- Plusieurs enquêtes récentes ont été consacrées aux jeux de hasard et d’argent ? Quel est l’objectif de cette nouvelle enquête ?
Plusieurs travaux ont effectivement été consacrés à cette thématique depuis une dizaine d’années, qu’il s’agisse de rapports parlementaires ou de recherche comme l’expertise collective de l’Inserm de 2008. Mais, au contraire de la plupart de nos voisins et partenaires, nous ne disposions pas jusqu’ici d’une estimation du nombre de joueurs en France et a fortiori du nombre de personnes concernées par des pratiques excessives. Ce sont ces questions que l’enquête que nous avons menée avec l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) a documentées.


- Quelle méthodologie avez-vous adoptée pour conduire cette enquête ?
Lorsque l’OFDT a été mandaté par les pouvoirs publics pour conduire ce travail il s’est rapproché de l’Inpes afin qu’un module spécifique soit inséré au sein du Baromètre santé 2010. Comme pour les autres Baromètres il s’agit d’un sondage aléatoire à deux degrés (ménage puis individu). L’insertion de questions sur cette thématique dans une enquête plus globale offrait au moins deux avantages : d’un côté une bonne précision dans l’estimation de la prévalence* compte tenu des effectifs, et en parallèle l’étude de comportements en lien avec cette addiction.
À rebours, la contrainte était que ce module soit relativement court pour ne pas surcharger le questionnaire et qu’il ne s’adresse qu’aux personnes vraiment concernées. Ainsi, il n’y a pas de description des pratiques de jeux des joueurs occasionnels : seules celles des joueurs que nous avons qualifiés d’actifs (c'est-à-dire qui jouent au moins 52 fois par an et ou misent plus de 500 euros) sont analysées.
Dernier point : c’est un outil canadien l’ICJE (Indice canadien du jeu excessif) qui a été utilisé pour repérer les pratiques qui peuvent poser ou posent des problèmes.

- Quels sont les résultats marquants ?
L’enquête fournit des informations à différents degrés. Au plan le plus large elle permet d’évaluer l’importance du phénomène en France : on sait qu’un Français sur deux de plus de 18 ans a joué dans l’année. À un niveau intermédiaire elle permet de décrire finement les joueurs « actifs » que j’ai évoqués tout à l’heure : ce sont plus souvent des hommes, plus souvent des personnes non diplômées et ils sont un peu plus âgés que les « occasionnels ». L’enquête montre aussi que les jeux les plus pratiqués sont ceux de grattage et de tirage. Enfin, au niveau le plus précis, ce travail permet pour la première fois d’évaluer le nombre de joueurs à risque modéré et à risque excessif. Ils sont respectivement d’environ 400 000 et 200 000 en France soit au total 1,3 % des 18 à 75 ans.

-Une suite est-elle envisagée à cette enquête ?

Il s’agit de la première enquête de prévalence : il faudra donc d’autres travaux pour connaître l’évolution du phénomène et en particulier savoir quels ont été les comportements après l’entrée en vigueur de la loi de mai 2010 relative à la concurrence et à la régulation de ce secteur sur Internet. Il sera également intéressant de creuser certaines thématiques et en particulier la question des liens avec d’autres addictions que l’enquête a mis en lumière.
En parallèle d’autres études pourront être consacrées à des points ou des populations plus spécifiques : dans quelques mois par exemple l’OFDT publiera des résultats concernant les comportements des jeunes, données issues de l’édition 2011 d’ESCAPAD (questionnaire proposé à l'ensemble des jeunes présents lors d'une Journée d'appel de préparation à la défense) en cours d’exploitation.

* C’est le nombre de personnes présentant une maladie ou un trouble, en un temps donné, sur une population précise.


Les niveaux et pratiques des jeux de hasard et d'argent en 2010, Tendances n° 77, OFDT, 8 p.
(fichier PDF, 727 Ko)

30 septembre 2011