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Meryem Belkacemi, chargée de mission Santé chez EMMAÜS Solidarité

- En quelques mots, quel est votre parcours professionnel ?

J’ai débuté en tant que médecin de santé publique à l’institut national de santé publique à Alger. J’ai été pendant plusieurs années, responsable d’un programme « santé des jeunes » puis la dernière année, responsable du département d’éducation pour la santé.

Je me suis ensuite installée en France et c’est tout naturellement que je me suis tournée vers le réseau des comités d’éducation et de promotion de la santé. J’ai alors travaillé pendant plusieurs années au CRESIF (comité régional d'éducation pour la santé d'Ile de France) en tant que responsable de formation.  Mais le CRESIF a fermé. EMMAÜS Solidarité cherchait un chargé de mission santé, la thématique m’intéressait, j’ai donc postulé.

 

- Quelles sont les principales missions d'EMMAÜS Solidarité?

EMMAÜS Solidarité est une association laïque et reconnue d’intérêt général, créée par l'abbé Pierre en 1954. Depuis son origine, elle s’inscrit dans le mouvement Emmaüs, fédéré par Emmaüs France. C’est l’une des plus importantes structures du mouvement.
500 salariés et 350 bénévoles s’occupent de l’accueil et de l’accompagnement social des personnes en situation de grande précarité ou des personnes sans abri. 5 équipes de maraude sillonnent Paris, Roissy et Vincennes afin d’entrer en contact avec les plus précaires. Chaque jour, les équipes accueillent, logent ou accompagnent plus de 2 000 personnes et/ou famille.
L’association gère en Ile-de-France, en Haute Normandie, et dans le Centre ; 65 centres d’accueil, 12 espaces d’accueil, 30 centres d’hébergement, 9 pensions de famille, des logements d’insertion et des services transversaux (emploi, logement, culture, santé…).

- Quel est votre rôle tant que chargée de mission santé chez EMMAÜS Solidarité?

Ma préoccupation principale est de mettre en œuvre des actions et des projets pour améliorer l’accès aux droits et l’accès aux soins, informer sur le système de soins et sur la prévention et promouvoir l’éducation à la santé.

C’est pourquoi, depuis mon arrivée à EMMAÜS Solidarité, je m’emploie à développer la culture santé au sein de l’association et à promouvoir la santé de nos publics. Je pense qu’en effet l’insertion passe par l’emploi, le logement mais aussi la santé. Or j’ai bien conscience que la santé n’est pas une priorité pour nos publics. C’est pourquoi j’essaie d’aider mes collègues à intégrer la santé dans leur pratique au quotidien pour mieux l’adapter aux besoins et problèmes de nos publics et  à construire des projets de réadaptation sociale à partir de problématiques de santé.

J’essaie de mettre à disposition de mes collègues une « boîte à outils » qui leur permette de construire du sur-mesure : des formations, des outils d’intervention, des supports d’information, avec des intervenants  experts sur des thématiques de santé spécifiques, des partenariats avec des réseaux spécialisés….


- Quels sont vos axes prioritaires?

J’ai d’abord essayé de renforcer ce qui existait déjà. J’ai alors continué à accompagner les équipes dans la mise en œuvre des projets en cours comme par exemple un projet intitulé « Manger-Bouger » déclinant le PNNS (Programme National Nutrition Santé).   A mon arrivée en poste, j'ai aussi compulsé différentes études, écouté le terrain, ... et c’est ainsi que  les problématiques de santé mentale et d’addictions se sont imposées à moi.

Les formations ne sont que la première brique de l’édifice. Prenons l’exemple du projet Addictions qui a été monté grâce aux financements de l’ARS (Agence régionale de santé) Ile-de-France. C’est un projet original, un projet de formation-action alternant des modules de formation et des interventions dans les services. Ce projet mené en partenariat avec l’A.N.P.A.A.75 a mobilisé plusieurs services de l’association.

Plusieurs salariés ont ainsi pu approfondir la question des addictions avec des addictologues, des psychologues, des travailleurs sociaux de l'ANPAA75 ainsi qu'avec des intervenants de l'Espace Goutte d'Or. Chacun a ensuite relayé les informations au sein de son équipe. Cette formation a été l’occasion de revoir les "fondamentaux" sur les différentes pratiques addictives et sur l'alcool en particulier, d’établir un contact entre les professionnels d'EMMAÜS Solidarité et les professionnels de l’ANPAA75, de s’arrêter sur des exemples concrets avec des professionnels des addictions, de trouver des réponses, d'aller à la rencontre de personnes-ressource....

Ensuite l'ANPAA75 est intervenue dans plus de 10 sites d'Emmaüs, organisant des réunions d'échanges avec les professionnels de l’association sur leurs pratiques ; construire une position commune de l'équipe avec les hébergés, analyser leur façon de gérer des personnes fortement alcoolisées, trouver et adapter le discours qu'ils peuvent leur tenir... L’ANPAA propose aussi des réunions destinées aux hébergés de chaque site. Ensemble ils construisent alors des temps de sensibilisation, souvent articulés autour d'une soirée, qui s'adressent tant aux hébergés qu'aux personnes de passage. Par exemple un travail autour du goût ou de l'odorat ; la diffusion d'un documentaire qui retrace le parcours vers l'abstinence de personnes alcooliques, suivie d'un débat ; un travail autour d'outils de prévention ludiques... Bref, nous construisons un espace de dialogue, en nous appuyant tant sur les demandes des hébergés, que sur l'expertise de l'ANPAA, pour que la santé soit intégrée dans le quotidien des personnes. Elles deviennent ainsi « acteurs du projet », s'approprient les questions de santé…

Ce projet addictions fonctionne grâce à son originalité, sa malléabilité. J'espère donc vivement qu’on arrivera à le pérenniser.

 

Pour en savoir plus...

La santé mentale et les addictions des personnes sans logement personnel.Quelques éclairages issus d’une enquête de prévalence en Île-de-France Anne Laporte (Observatoire du Samusocial de Paris), Erwan Le Méner (ISP-ENS Cachan, Observatoire du Samusocial de Paris) et Pierre Chauvin (INSERM-UMRS 707).

Enquête SAMENTA La santé mentale et les addictions des personnes sans logement personnel d'Île-de-France. Premiers résultats. Rapport final - janvier 2010. Sous la direction d'Anne Laporte (Observatoire du Samusocial de Paris)
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28 novembre 2011