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Photo du Dr Alain Rigaud © C.LantenoisEntretien avec le Dr Alain Rigaud, président de l’ANPAA

 

Vous venez de participer en tant que contradicteur à la rédaction de l’ouvrage « Faut-il dépénaliser le cannabis ? ». Cet ouvrage confronte les positions des tenants de la prohibition et de la pénalisation du cannabis, et celles des partisans de sa dépénalisation ou de sa légalisation. Vous êtes favorable à la dépénalisation.


Quel bilan portez-vous sur la loi 1970 ?

 

Avant 1970, une personne qui faisait un usage privé d’une drogue illicite n’était pas incriminable.

La peur d’une déferlante de drogues et de leur dangerosité est à l’origine de l’adoption de la loi du 31 décembre 1970. Cette loi réprime non seulement le trafic de stupéfiants mais aussi l’usage, sans distinction entre l'usage privé et l'usage public ni entre les différentes drogues et leur dangerosité. Les produits les plus dangereux sont le tabac et l'alcool, dont l'usage est licite, alors que le cannabis l'est bien moins qui est globalement moins dangereux est prohibé.

Tous les professionnels des addictions considèrent cette loi comme obsolète. Lorsque l’on s’intéresse aux chiffres de consommation, le bilan est simple : depuis la promulgation de cette loi, la consommation d’héroïne, de cocaïne ou d’ecstasy est restée relativement stable mais la consommation de cannabis a été multipliée par 4. Aujourd’hui, les jeunes Français se situent en tête du peloton européen en ce qui concerne l’âge du premier usage de cannabis et le nombre d’expérimentations.

Le classement d’un produit parmi les stupéfiants n’a donc que peu d’impact sur la réduction de son expérimentation et la politique répressive ne fonctionne pas. Non seulement elle n’est pas dissuasive, mais elle freine l’accès aux soins des consommateurs. Et l'histoire enseigne qu'aucune prohibition n'a jamais fonctionné, sauf pour encourager les dérives mafieuses.

 

Pourquoi dépénaliser l’usage simple ?

 

Proposer la dépénalisation ne signifie pas promouvoir la consommation, ni même créer un droit à la consommation du cannabis. L’interdit social d’usage est maintenu, et l'objectif est d’en réduire les risques et les dommages par la mise en place d'une nouvelle politique.

Dépénaliser n’est pas légaliser ! La dépénalisation doit s’accompagner des mesures suivantes :

  • Maintien de l’interdit de l’usage pour les mineurs, de l’incitation, de l’usage-revente, de la mise en danger d’autrui, de l’usage au volant, de l’usage par certaines professions,
  • Actions de prévention pédagogiques et mesures sanitaires à destination des mineurs, création de programmes éducatifs pour les enfants et les jeunes, soutien à la parentalité,
  • Intervention précoce grâce à un repérage et une intervention auprès des sujets glissant vers une consommation plus dure, accompagnement des consommateurs à usages  problématiques au travers de rencontres psycho éducatives, d’injonction de suivi en addictologie afin d’apporter des réponses personnalisées.

Actuellement, les usagers se fournissent au marché noir et se voit offrir d’autres substances illicites, ce qui leur fait courir des risques supplémentaires. Le consommateur est considéré par la loi comme un délinquant, ce qui rend plus difficile la prévention et l’accompagnement de ceux-ci. Il serait par exemple intéressant de sensibiliser les consommateurs  aux risques de cancers et de pathologie pulmonaires. De mener une réelle politique de réduction des risques en incitant ces usagers à consommer différemment (vaporisation, ingestion…). Le contexte actuel ne permet pas aux acteurs de prévention d'intervenir en ce sens.


Pour en savoir plus

 

Niveau de consommation Source OFDT

En population adolescente
Parmi les jeunes collégiens
Le cannabis est la première substance illicite consommée par les adolescents. En 2010, elle  concerne un collégien sur dix.
À la fin de l'adolescence
En 2011, 41,5 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis au cours de leur vie.
Plus d’un sur cinq (22,4 % - 18,5 % des filles et 26,3 % des garçons) déclare avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois
En comparaison avec les autres pays européens
Sur le plan européen enfin, la France se distingue clairement des autres pays d’Europe, en étant le seul pays avec un niveau largement supérieur à 15 %.
En population adulte
En 2010, 8 % des 18-64 ans déclarent avoir consommé du cannabis au cours de l’année.
En 2011 l’expérimentation de cannabis concerne 33 % des 18-64 ans.
L'usage problématique
En 2011, 16 % des jeunes de 17 ans ayant consommé du cannabis au cours de l’année présentent un risque élevé d’usage problématique, voire de dépendance (19 % pour les garçons et 12 % pour les filles), ce qui correspond à 6 % de l’ensemble des adolescents de cet âge (8 % pour les garçons et 3 % pour les filles).

Photo © C.Lantenois